L’Entreprise , l’Armée, le Sport : trois corps qui ont beaucoup à apprendre les uns des autres. Ils le font,  mais pas suffisamment, pas tous, pas tout le temps et pas aussi loin qu’ils le pourraient.

L’armée : modèle managérial ?
Author: Jean-Pierre Doly
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L'armée : modèle managérial ?

crédit photo : Marc Rafanell López

 

L’Entreprise , l’Armée, le Sport : trois corps qui ont beaucoup à apprendre les uns des autres. Ils le font,  mais pas suffisamment, pas tous, pas tout le temps et pas aussi loin qu’ils le pourraient.

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L’entreprise, même performante, manque souvent d’âme, de réactivité, de rapidité, d’humanité, de sens, de plaisir. Le club sportif ou la fédération, même performants, sont souvent confrontés à des difficultés d’organisation, de management des talents, de gestion des ressources, d’anticipation ou de développement dans la durée. L’Armée n’est plus (ou plus seulement) l’organisation hiérarchique pyramidale basée sur du commandement avec obéissance à des ordres, de la discipline, du management très vertical. Au-delà de l’esprit d’équipe, l’Armée c’est l’apprentissage de l’esprit de corps au service d’une réussite collective par la coopération, la solidarité, l’entraide naturelle, l’effort collectif, l’énergie , la fierté d’appartenance et de réussir ensemble un challenge, un projet, un défi.

Un art du leadership commun

Les trois disciplines ( Entreprise-Sport- Armée) pratiquent le leadership, l’autorité, le commandement, le management qui ne sont pas des sciences car de nos jours, tout est contingent de nombreuses données variables  (politique, économie, géopolitique, juridique, écologie, sociologie , psychologie, démographie…). Il s’agit davantage d’un art, d’une alchimie spéciale conjuguant une prise en compte des parties prenantes par l’écoute avec l’affirmation d’un pouvoir de décision.

 

S’inspirer de l’Armée

Le « plus » de l’Armée est l’apprentissage de l’incontournable triptyque préparation – action- retour d’expérience (RETEX).

En effet , en situation militaire, de mauvais choix peuvent être lourds de conséquences et entraîner des drames humains. Il est donc fondamental de préparer consciencieusement chaque mission en se posant les bonnes questions et bâtir des hypothèses , des scénarios puis décider et surtout se tenir à cette décision.

Alors que nombre d’entreprises – dans un environnement certes complexe, mouvant, déstabilisant –  sont gangrénées par le culte du profit, la dictature du court terme, la perte de sens et de valeurs entraînant repli sur soi, individualisme, égoïsme, elles auraient tout intérêt à s’inspirer des méthodes éprouvées de l’armée comme par exemple le propose remarquablement Pegasus (cf mon article à ce sujet) ou encore le GIGN.

Le GIGN ,  c’est une  sélection drastique à l’entrée, une organisation structurée et impressionnante où tout est pensé et adapté continuellement, des forces, des cellules, des sections, des groupes, des métiers, une réflexion stratégique de très haut niveau grâce  entre autres à un service R&D, un entraînement permanent  dans plusieurs disciplines, une  variété  de matériels  de très haut niveau, une polyvalence et une multi-compétence indispensables, une  capitalisation de savoir-faire et d’expériences.

Des valeurs et qualités humaines aussi dont devraient s’inspirer de nombreux milieux comme l’entreprise et le sport : initiative, autonomie, confiance, discernement, expérience, courage, abnégation, volonté, humilité, audace, respect de la vie et des autres, endurcissement,  aguerrissement, discrétion, adaptation, technicité, anticipation, innovation, etc.

Une alchimie entre une nécessaire humilité individuelle et la confiance dans la force du groupe !

Les militaires et les sportifs de haut niveau sont amenés à maîtriser et gérer des situations complexes, inattendues, imprévisibles puis à décider et agir rapidement le plus souvent en parfaite autonomie.

Que mettent-ils en jeu ? Une préparation professionnelle, rigoureuse, détaillée, une action dans la réactivité, la polyvalence, la coopération, la solidarité, et un retour d’expérience très structuré.

Et surtout les militaires ont une sorte de culture et respect organisationnels auxquels ils se référent dans toutes les situations :

Je suis bien préparé, j’ai des repères, j’ai une méthode qui a fait ses preuves, je sais prendre des décisions même dans des situations imprévues ou de crises et m’y tenir ! 

 

 

A l’armée comme dans certains sports collectifs, l’obéissance à ce qui a été décidé, la cohésion dans l’action, l’esprit d’équipe et de corps mettent en valeur le sens de l’autonomie et de la responsabilité tout en renforçant la solidité et la durabilité de l’organisation.

Un autre bénéfice important dont le sport ou l’entreprise voire la société pourrait s’inspirer : quand un militaire est blessé physiquement ou a des séquelles psychologiques, d’une part il reste militaire et d’autre part il est aidé et accompagné et certains se révèlent dans la pratique du handisport de haut niveau. Cela fera l’objet d’un autre article.

 

Conclusion

On parle beaucoup de nos jours de fameuses « soft skills » qui seraient nécessaires aux bons managers. Depuis longtemps les chefs militaires sont sensés transmettre non seulement un savoir-faire mais aussi un savoir-être sans lesquels il ne peut y avoir de réussite. C’est ainsi qu’en plus des compétences classiques de savoir commander, décider, coordonner, contrôler, etc… le chef/coach/manager doit avoir une énergie vitale, une vivacité d’esprit, une capacité d’interagir. Avoir et donner la pêche, la  « banane » , être enthousiaste, porter la lumière, avoir des expériences de vie, parler autant de ses échecs que des réussites, être un gagnant, un battant, avoir une maturité personnelle… pour motiver et mobiliser ses équipes !

 

 

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