CNOSF Les Assises de « Sentez vous Sport »
Author: Jean-Pierre Doly
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3èmes Assises Sport et Entreprises du 18 septembre 2014 – Colloque « Sport et Entreprises : un enjeu de performance sociale et économique »  RÉUSSIR ENSEMBLEass2014_6 – Intervention de Jean Pierre Doly

Question : Vous avez travaillé dans des entreprises d’activités et tailles différentes (industrie lourde : automobile, verre- agro-industrie), grande consommation (produits frais) et services (santé, assurance, retraite) en France et à l’International, vous faites maintenant du conseil en Management/RH, là aussi dans diverses entreprises, associations, fédérations. Quel est votre sentiment sur les différences de management dans ces différents contextes et son évolution dans le temps ? Vous venez même de publier un livre sur ce thème : « L’accordeur de talents » ?

JPD : Le sport est un mot polysémique et ambivalent : polysémique parce qu’il s’agit  d’une part une activité physique visant à améliorer sa condition physique mais aussi des exercices physiques et des jeux avec des règles et des compétitions, ambivalent parce qu’ il a  des valeurs fortes et prouvées (fair play, loyauté, honnêteté, courage, éducation, respect, contrôle de soi, discipline, goût et joie de l’effort, victoire, sang froid, plaisir… et aussi classements, concurrence, adversaires, échecs, défaites, argent, brutalité, agressivité, corruption, dopage, égoïsme, hypocrisie, incivilités, jalousie, marchandisation, politisation, tricherie… et c’est ce qui en fait à la fois ses limites mais surtout sa beauté ! 

Toute activité physique n’est pas sport, mais tout sport est une activité physique organisée.

Dans l’entreprise et dans le management aussi il y des double sens, des ambivalences et des contradictions : ce qui change c’est précisément le changement… qui est devenu… permanent ! La mondioglobalisation avec ses conséquences en diversités et différences culturelles accentuées par l’évolution exponentielle des nouvelles technologies de communication, entraine une accélération des changements d’actionnaires, de dirigeants, d’organisation, une sorte de « dictature » du court terme, du résultat immédiat, de la rentabilité à marche forcée, l’accélération du cycle des produits, les contraintes du marché et de la concurrence et bien sûr la crise. Face à ce constat, il y a des hommes et des femmes dont le rythme n’est pas le même, le temps des hommes n’est pas nécessairement le temps des affaires : il faut au moins autant de temps qu’avant pour recruter, choisir, sélectionner, former à des compétences nouvelles (transversales, travail en réseau, en mode projet…), etc.

Les entreprises ne peuvent plus faire de vraies prévisions, elles font tout au plus de la prospective, des scenarii, des hypothèses, des budgets révisables. Les managers doivent faire comprendre ces contradictions, rendre visible et compréhensible une partie de l’invisible, ce qui demande des capacités et compétences nouvelles : faculté d’adaptation, agilité, flexibilité, empathie… Une des conséquences dans de nombreux pays – dont le nôtre – est le repli sur soi allant jusqu’à l’individualisme, le chacun pour soi, l’égoïsme individuel ou collectif des clans, des classes, des chapelles, des « chasses gardées »… Et si une piste de solution était précisément dans ce que nous apprend le sport et plus particulièrement le sport collectif ? et notamment – sans en oublier les vices ou les limites (cf. Tarde, Lebon, Moscovici.) –, les « vertus » reconnues du sport collectif : le groupe, l’équipe, le collectif, la coopération, la solidarité, le lien, les interactions, la diversité, l’intelligence collective… (cf. St Exupery, Levinas,… et « L’accordeur de talents »).small_31111

Question : Avez-vous utilisé le levier du sport dans ces entreprises et aujourd’hui l’utilisez vous dans votre rôle de Conseil ? Le sport en entreprise peut-il contribuer à rendre les salariés plus épanouis, sereins, heureux, collaboratifs, solidaires ?

JPD : Bien sûr et depuis très longtemps. Déjà dés l’école, à l’époque – mais ça c’était avant – j’étais pensionnaire comme de nombreux élèves, nous faisions beaucoup de sport en ASSU et UGSEL, et nous organisions des tournois interclasses en sports collectifs pendant la pause de la mi journée, puis étudiant où j’ai contribué à créer une section sportive et participé à des tournois de sixte. Et puis chez Renault à l’usine de Billancourt ensuite où bien avant 98 nous avions des équipes « black-blanc-beur » de sports collectifs composées d’ouvriers, agents de maitrise, cadres y compris en allant faire des week end de ski dans des installations gérés par le CE où l’on trouvait davantage « L’Huma » que « L’Equipe » et c’était bien ainsi. J’ai eu ensuite l’occasion de suggérer d’utiliser un terrain de tennis attenant au siège d’un groupe dont j’étais le DRH en proposant au CE d’organiser un tournoi… que j’ai gagné… et ce ne fut pas banal de recevoir la coupe du vainqueur des mains du délégué CGT de l’entreprise ! Sans parler de la Danone World Cup – tournoi de foot impliquant des salariés (hommes et femmes) et leurs enfants avec finales nationales, continentales et internationales : en Argentine où j’étais à l’époque, plus de 1500 personnes soit presque la moitié des effectifs ont participé avec des conséquences extraordinaires quant à l’ambiance, la meilleure connaissance des uns et des autres, la compréhension, le plaisir, le goût au travail, la réputation,… jusqu’aux  résultats (voir les témoignages dans le livre) !

Et aussi dans ce même groupe, à la sortie de 4 nouveaux produits, le rassemblement de la force de vente pour illustrer la sortir de ces nouveaux produits et leur future vente par une matinée sur un stade à organiser des relais 4X100m … Enfin autre exemple lors de la fusion entre 2 grands groupes d’assurance-santé- retraite : réunir tous les salariés (6500 personnes) ici à Charléty pour découvrir –avec yeux qui brillent et applaudissements nourris–  le  nom du groupe et son nouveau logo, nous avons organisé avec l’ami Stef Diagana une journée basée sur le thème du sport avec des ateliers durant toute la journée. Puis ensuite après avoir accompagné le Président dans sa reprise  du sport, il a été convaincu qu’en phase avec la stratégie du groupe il pouvait investir dans le handi sport – ce que fait ce groupe depuis plus de 5 ans- avec embauches d’athlètes handi sport de haut niveau ayant eu des médailles aux JO, création d’un club de supporters allant encourager les athlètes lors de leurs compétions, création d’une salle de sport au sein de l’entreprise, participation à la course « la parisienne » ,etc. bref une pratique sportive suggérée et organisée en parfaite cohérence avec la stratégie, les valeurs, les objectifs du groupe… et non un sponsoring  sport alibi ou « danseuse d’un Président » comme  nous pouvons malheureusement encore le constater trop souvent !TonyParker

Le sport, le groupe, le collectif on le retrouve aussi avec des personnes sans emploi puisque je contribue activement à un programme – unique en Europe –  d’accompagnement d’éducateurs et entraineurs de foot sans emploi organisé et financé par leur syndicat l’UNECATEF (Union Nationale des Entraineurs et Cadres Techniques Professionnels du Football). Il s’agit de les aider et accompagner dans leur repositionnement avec durant 9 mois des thèmes comme le bilan et projet professionnel, se donner les meilleures chances de rebondir, aide à rédaction de CV, lettres de motivation, média training, bonne utilisation de leur réseau, management interculturel, mobilité internationale et expatriation, thèmes que j’anime après une semaine de team building d’intégration avec exercices et jeux in et outdoor où le sport collectif est bien sûr très présent. Le programme comporte aussi l’anglais du football, l’informatique, les outils de communication, l’analyse et montages vidéo de matchs, scouting et observation de matchs, concepts de gestion financière, dispositifs de retour à l’emploi, etc. Autant de modules vécus en groupe permettant de développer et renforcer les compétences des entraineurs.

Question : Les managers peuvent – ils utiliser le sport comme levier de motivation, de mobilisation, de cohésion de leurs équipes, de coopération entre collaborateurs ?

TonyParker-tablerondeJPD : Bien sûr et plus que jamais dans cette période de crise et donc de risque de repli sur soi et d’individualisme. Car nous savons que le tout est plus que la somme des parties, que la coopération précède l’individuation, que les capacités des gens de savoir travailler en groupe, de jouer en équipe, donnent des résultats bien meilleurs que les institutions ou les moyens modernes de communication ne le permettent. Nous avons d’ailleurs beaucoup à apprendre de la nature, des animaux (abeilles, fourmis, oies sauvages…), des végétaux… et du sport bien sûr !  Les managers qui pratiquent le travail de groupe, qui mobilisent leurs collaborateurs  par l’animation d’équipes projet, savent les retombées de la coopération par les rencontres des différences et les échanges qu’elles entrainent. Car coopérer, c’est avant tout accomplir ce que l’on ne peut pas faire seul, c’est relier les gens qui ont des intérêts parfois différents voire même contradictoires, des personnes qui peuvent être mal à l’aise entre elles , qui ne se comprennent pas, c’est alors que par l’observation, l’écoute , le partage , la confrontation, les différences et les dissonances s’estompent. Le rôle du manager n’est –il pas de plus en plus de non seulement détecter les talents, mais aussi – et surtout- de savoir les accorder, afin que la partition soit bien jouée, sans fausses notes, ni grincements. Et si le management consistait finalement à mettre chaque individu en situation de mieux réussir en groupe sans pour autant annihiler la prise d’initiative, la créativité, l’autonomie, les efforts individuels. Dans l’actualité sportive, il suffit de voir la joie des équipes françaises de tennis (Coupe Davis contre les tchèques), de basket (Coupe d’Europe l’an dernier et Coupe du Monde en Espagne récemment), de Volley(en cours), de natation et d’athlétisme cet été (victoires en relais), etc. Les espagnols traduisent « accordeur » par « afinador »… Oui, il faut quelques affinités pour travailler, jouer et réussir ensemble !

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